Extrait :
Quelqu’un frappe à la porte.
— Qui est-ce ?
Pas de réponse. J’ouvre la porte et vois la vieille que je
rencontrai ce matin dans la cour. Je suis très surpris et ne parviens à rien
dire.
— Je suis venue, dit la vieille et entre dans la chambre.
Je reste à la porte et ne sais pas quoi faire : mettre la
vieille dehors ou, au contraire, lui proposer un siège ? Mais la vieille
va d’elle-même à la fenêtre et s’assoit dans le fauteuil.
— Ferme la porte et mets le verrou, me dit la vieille.
Je ferme la porte et mets le verrou.
— Mets-toi à genoux, dit la vieille.
Je me mets à genoux.
Ici je me rends enfin compte de toute la stupidité de la
situation où je me trouve. Pourquoi suis-je à genoux devant cette
vieille ? Et pourquoi cette vieille se trouve chez moi, assise dans mon
fauteuil préféré ? Pourquoi ne mets-je pas cette vieille dehors ?
— Écoutez, lui dis-je, de quel droit me donnez-vous des ordres
dans ma propre chambre ? Je n’ai aucune envie de me tenir à genoux.
— Tant mieux, dit la vieille. Car maintenant tu dois te mettre
par terre, visage contre le sol.
Je m’exécute aussitôt...
Je vois des rectangles parfaits du parquet. La douleur à
l’épaule droite et à la cuisse, me force à changer de position J’étais étalé
par terre, à présent je me soulève à quatre pattes. Mes membres sont engourdis
et se plient difficilement. Je jette un coup d’œil autour, et me vois au milieu
de ma chambre, à quatre pattes. La conscience et la mémoire me reviennent
lentement. Je jette un autre coup d’œil dans la chambre, et il me semble
apercevoir quelqu’un assis dans le fauteuil près de la fenêtre. Il fait sombre
dans ma chambre, cela doit être le petit matin. Je regarde avec insistance. Mon
Dieu ! Est-ce la vieille que je vois assise dans mon fauteuil ? Je
tends le cou et regarde encore. Oui, bien sûr, c’est la vieille, la tête
légèrement penchée sur la poitrine. Elle dut s’endormir.
Je me lève et m’approche d’elle en boitant. La tête de la
vieille est penchée sur la poitrine, les bras tombent librement le long du
fauteuil. J’ai une soudaine envie de saisir cette vieille et de la jeter
dehors.
— Écoutez, lui dis-je, vous êtes dans ma chambre. J’ai besoin
de travailler. Je vous prie de vous en aller.
La vieille ne
bronche pas. Je me penche et regarde la vieille dans les yeux. Sa bouche est
ouverte, et une prothèse dentaire en sort. Soudain je comprends : la
vieille est morte.
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