« Premières Poésies » par Ange de Saint-Mont,
poésie, 42 p., 5 € ISBN 2-84755-100-X
   Il est une poésie dont la légèreté n’est pas absente de profondeur, mais simple pudeur de l’âme. Les Premiers Poèmes d’Ange de Saint-Mont semblent s’inscrire dans une veine qui va des troubadours à Clément Marot jusqu’à Paul Géraldy, en faisant une boucle par l’École Fantaisiste, dont fit partie Francis Carco. On prend plaisir à lire ces pièces où le badinage amoureux est tout de spontanéité, où le marivaudage se fait inventif et imagé, ainsi dans cette confidence : « Et la lune de tes cheveux / Est mon geôlier. / L’alcôve douce de tes genoux/ Est implorée par mes yeux. » L’esprit dispute souvent aux sentiments ; point d’épanchement que ne reprenne un trait d’humour ou d’ironie. Si le réalisme se fait parfois cruel, il tourne aussitôt sa pointe vers son auteur. L’autodérision n’a d’égal que la lucidité sur autrui ou le coup d’œil aigu sur les choses noires ou roses de la vie.
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Extrait :

TROIS MAITRESSES

J’avais trois maîtresses :
L’une pour le plaisir de l’âme,
Car elle avait le plus beau corps du monde,
L’autre pour le plaisir du corps,
Car elle avait une âme si sensible
Et la troisième pro forma,
De l’ennui.
L’ennui,
Voilà la force majeure de notre temps !
Les femmes se jettent dans les bras des hommes,
Et les hommes les y reçoivent,
Rien que dans un fol espoir
D’échapper à l’ennui.
Imaginez à quel point mon ennui était grand,
Car j’avais trois femmes
Et n’osais choisir une d’entre elles.
Puis, un jour, il m’arriva
Une contrariété sans conséquence,
Un événement futile,
De peu d’importance :
La lame d’une épée
Fut plongée dans ma poitrine.
L’une vint et me dit :
« Il faut la retirer d’un seul coup
De peur de souffrir ».
L’autre me dit :
« Il faut la retirer lentement
De peur de trop saigner ».
La troisième me dit :
« Il faut la plonger à fond,
Sans peur ».
Merci, mon amour.
Tu étais la seule.
Mais,
Quarante neuf jours après,
Je ressuscitai,
Et j’allai voir mes maîtresses.
L’une devint trop vieille,
Et son corps trop laid.
L’autre aima l’argent,
Et son âme fut gâtée.
La troisième se suicida
Croyant pouvoir me rejoindre
De l’autre côté.
Ainsi, je me trompai
Affreusement sur les femmes.

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