« Portrait » par Nicolas Gogol,
traduction de Victor D.
nouvelle, 60 p., 5 € ISBN 2-84755-011-9
   Toute la puissance de Gogol est concentrée dans cette nouvelle, une des plus occidentales qu’il a écrites. Cette nouvelle traduction tient compte des subtilités gogoliennes des noms des personnages. Sujet : Au hasard d’une promenade, le jeune peintre Rature découvre, dans une boutique des bibelots, un portrait aux pouvoirs étranges.

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Extrait :

   Le cœur battant la chamade, le jeune peintre mit de coté le portrait et se prit à chercher parmi les autres s’il n’y avait pas quelque chose de semblable, mais le reste représentait un monde à part, ce qui souligna la chance stupide par laquelle ce vieillard mystérieux était tombé là. Enfin, Rature demanda le prix.
   Le malin marchand, ayant remarque d’après le regard du client que ce portrait valait quelque chose, se frotta la nuque et dit : « Et quoi ! dix roubles ce ne sera pas beaucoup. »
   Rature plongea sa main dans la poche.
   « J’en donne onze ! » se fit-il entendre derrière lui.
   Il se retourna et vit toute une foule au premier plan de laquelle se tenait un monsieur à la cape, qui étudiait d’un regard connaisseur le tableau. Le cœur battit à Rature, ses lèvres se mirent à trembloter nerveusement comme celles d’un homme à qui on voudrait enlever l’objet des ses désirs. Ayant prisé d’un long regard le nouvel acheteur, il se tranquillisa en apercevant qu l’inconnu portait un costume aussi usé que le sien, et prononça d’une voix tremblotante : « Je te donne douze roubles, le tableau est mien. »
   « Boutiquier ! le tableau est à moi, voilà quinze roubles ! » prononça l’inconnu.
   Le visage de Rature se crispa, sa respiration s’arrêta et il articula involontairement : « Vingt roubles ! »
   Le marchand se frottait les mains de plaisir, en voyant que les acheteurs se marchandent eux-mêmes à son avantage. La foule grandissait, ayant senti qu’un simple achat se métamorphosa en enchères, ce qui excite toujours un grand intérêt même chez de parfaits étrangers. Le prix monta finalement à cinquante roubles. C’est Rature qui cria avec désespoir : « Cinquante ! » en se rappelant au même moment qu’il n’avait que cinquante roubles dont il devait garder une partie pour le loyer, s’acheter la peinture et autres objets nécessaires.

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