Extrait :
Mon cher George, j’ai quelque chose de bête et de ridicule à
vous dire. Je vous l’écris sottement au lieu de vous l’avoir dit, je ne sais
pourquoi, en rentrant de cette promenade. J’en serai désolé, ce soir. Vous
allez me rire au nez, me prendre pour un faiseur de phrases dans tous mes
rapports avec vous jusqu’ici. Vous me mettrez à la porte et vous croirez que je
mens. Je suis amoureux de vous. Je le suis depuis le premier jour où j’ai été
chez vous. J’ai cru que je m’en guérirais tout simplement en vous voyant à
titre d’ami. Il y a beaucoup de choses dans votre caractère qui pouvaient m’en
guérir ; j’ai tâché de me le persuader tant que j’ai pu ; mais je
paye trop cher les moments que je passe avec vous. J’aime mieux vous le dire et
j’ai bien fait, parce que je souffrirai bien moins pour m’en guérir à présent
si vous me fermez votre porte. Cette nuit, pendant que [ces deux derniers mots ont
été biffés à la plume par G. Sand, et la ligne suivante coupée aux ciseaux]
... j’avais résolu de vous faire
dire que j’étais à la campagne, mais je ne veux pas vous faire de mystères ni
avoir l’air de me brouiller sans sujet. Maintenant, George, vous allez dire
encore un qui va m’ennuyer ! comme vous dites ; si je ne suis pas
tout à fait le premier venu pour vous, dites-moi, comme vous me l’auriez dit
hier en me parlant d’un autre, ce qu’il faut que je fasse. Mais, je vous en
prie, si vous
voulez me dire que vous doutez de ce que je vous écris, ne me répondez plutôt
pas du tout. Je sais comme vous pensez de moi, et je n’espère rien en vous
disant cela. Je ne puis qu’y perdre une amie et les seules heures agréables que
j’ai passées depuis un mois. Mais je sais que vous êtes bonne, que vous avez
aimé, et je me confie à vous, non pas comme à une maîtresse, mais comme à un
camarade franc et loyal. George, je suis un fou de me priver du plaisir de vous
voir pendant le peu de temps que vous avez encore à passer à Paris, avant votre
voyage à la campagne et votre départ pour l’Italie où nous aurions passé de si
belles nuits, si j’avais de la
force. Mais la vérité est que je souffre et que la force me manque.
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