« Le Bon Grain et l'ivraie » par Pierre Grépin,
Cessez vos recherches, les analyses qui vous obsèdent. Il n’y a pas, en effet, de causalité logique entre les prémisses apparentes et la conclusion qu’on en voit sortir. Le vrai diagnostic n’est pas de ce côté. Inimicus homo hoc fecit et abiit. L’homme ennemi a fait cela et il est parti, il est mort peut-être. Il a fait cela avant vous, dans les générations précédentes. Le mal date du cinquante, de soixante ans et plus : il vient des graines d’impiété dont la France a été ensemencée par les philosophes du siècle dernier ; graines colportées, insinuées peu à peu, inoculées à la sourdine, dum dormirent homines, par des lectures, par des conversations d’atelier ou de cabaret, par des docteurs, des savants de village, portées sur les millions d’ailes de la presse. Cependant le champ avait le même aspect, on continuait à observer les pratiques extérieures, soit par habitude, soit par tradition locale, respect humain ; le train marchait, par suite de la vitesse acquise, mais, depuis longtemps, la foi faisait défaut, le scepticisme avait germé, grandissait, crevit et triticum. Seulement il attendait un milieu favorable pour se distinguer du froment, pour se déclarer. Ce milieu, il l’a trouvé dans un changement d’allure, de gouvernement ou de voisinage, dans je ne sais quel détour du chemin de la vie. Ce que vous regardez comme une cause n’est qu’une occasion, une rencontre souhaitée, un signal attendu. Vous arrosiez de l’ivraie, croyant arroser du bon grain. La feuille, la teinte était la même, mais la sève, interne toute différente. Un cadavre revêtait les habits du dimanche. Ce que, dans vos statistiques, vous décoriez du nom de catholique, ne l’était plus. Nomen habes quod vivas et mortuus es.
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