« Oscar Wilde : Et si mon coeur doit se briser » par Basile de Saint-Mont
L’atmosphère familiale dans laquelle avait à évoluer le jeune caractère d’Oscar Wilde n’était donc pas des plus saines. Si on buvait ferme dans la maison paternelle, on y parlait de même très librement, aussi bien à table qu’au salon. Oscar lui-même en fit plusieurs fois la remarque. Ne disait-il pas à un de ses camarades du Trinity College qu’il invitait : « Venez chez moi, je vous présenterai à ma mère. Nous avons fondé une société pour la suppression de la Vertu ! »
Ce milieu bohême fut peut-être favorable à la précocité du talent d’Oscar Wilde : il dut contribuer aussi à exciter ce qu’il y avait de trouble et d’inquiétant dans cette singulière nature.
À l’âge de neuf ans le petit Oscar, dont la mère jusqu’ici s’était chargée de l’instruction préparatoire, entra au Collège Royal de Portora, à Enniskillen (Irlande). Il s’y fit remarquer par son absolue incapacité en mathématiques. En revanche, il atteignit une grande supériorité en l’art de donner des surnoms, ce qui n’était pas pour lui attirer l’amitié de ses camarades et de ses maîtres, victimes de sa jeune verve satirique. Aussi ne conserva-t-on de lui à Portora qu’un souvenir médiocrement flatteur.
Ces premières années d’études ne laissaient pas encore prévoir le talent qu’il avait en puissance. Passablement indiscipliné, il ne fit, pour aucune matière du programme, montre d’une précocité extraordinaire. De plus, il n’aimait pas les sports, et ce grand gars, solide, bien bâti, préféra toujours la rêverie indolente aux exercices vigoureux si en honneur chez ses compatriotes.
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