« Nuage en pantalon » par Maïakovsky
Je vais, certes, blesser votre sens esthétique
Installé aisément dans votre cerveau mou,
Comme dans un fauteuil somnole un domestique,
En mettant mon âme et mon cœur saignant à nu.
Mais cela ne saurait qu’augmenter mon plaisir.
Mon cœur est plein de vie, sans un seul cheveu blanc
Ni la moindre tendresse déjà vieillissante.
Je regarde du haut de mes vingt-deux printemps
En couvrant vos braiments de ma voix surpuissante.
Mon cœur est plein d’amour, mes yeux pleins de désir.
Je connais votre choix, tendre comme vous êtes
Vous devez chantonner l’amour sous les violons.
L’impuissant le solfie sous les cris des trompettes
Mais aucun ne mettrait à nu ses passions
Pour qu’il n’en reste que des baisers bout à bout.
Venez, mademoiselle, étudier mon délit,
Vous qui faites partie des syndicats des anges,
Qui, assise sur le satin du couvre-lit,
Feuilletez calmement mes baisers bien étranges
Comme un livre vieilli de recettes sans goût.
Pour vous plaire, j’irai jusqu’à me déguiser
En fou, un aliéné qui pleure et qui rigole
Comme un ciel de printemps change sans aviser.
Ou en jeune frisé, tendre, douillet et drôle
Non plus l’homme, mais un nuage en pantalon.
Extrait n°2
(Flûte en colonne vertébrale) :
J’écrase
des kilomètres, marchant en furie.
Où
aller avec cet enfer dans mon cœur ?
Quel
Hoffmann céleste t’imagina, ma chérie ?
Les
rues sont trop étroites pour ma douleur.
J’épuisai
la joie et les fêtes étoilées.
La
réflexion est ma seule courtisane.
Des
pensées, tel le sang coagulé,
Sortent
douloureusement de mon crâne.
Moi,
l’enchanteur
du monde férié,
Je
n’ai personne pour m’accompagner à la fête.
Je
voudrais tomber sur les pavés
Et
me fracasser la tête.
Je
blasphémais contre Dieu tout-puissant,
Hurlais
qu’il n’existe pas,
Alors
Dieu créa une femme,
La
mit sur mon chemin et dit :
Aime-la !