« Épistolaire »
par Bertrand Jallade,
recueil de nouvelles, 80 p., 9 € ISBN 2-84755-042-9
   L’auteur, dont c’est le premier livre, a reçu le Prix de Francophilie pour la nouvelle « Épistolaire » qui commence ce recueil. L’écriture varie du style classique au style moderne, en passant par les dialogues à la Audiar. Tout est dans la chute de chaque nouvelle, ce qu’on appelle une nouvelle à la française.
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Extrait n°1 :

       Chère Madeleine,
   Sale pays ! Soit il pleut et tout se transforme en boue, soit le soleil tape et la poussière s’infiltre partout, jusqu’au fond du gosier. Soit trop d’eau, soit pas assez.
   Les oiseaux ne chantent plus. Les animaux sont plus intelligents et malins que les hommes. Ils sont tous partis. Il ne reste que les rats. Ce sont les seuls à être à l’aise ici. Certains sont presque aussi gros que des chats.
   Et je ne te parle pas de l’artillerie. Une fois sur deux, les nôtres tirent trop court. C’est nous qui les recevons le plus souvent. Ça ne gène pas les artilleurs, ils sont derrière. J’aimerais qu’ils prennent notre place, ne serait-ce qu’une journée ! Maillard a juré de se venger d’une façon qu’Alphonse me conseille de ne pas mettre dans la lettre… Il a raison, il est juste et sage, cet Alphonse.

Extrait n°2 :

   Suite à ma rupture avec ma Julie, j’emménage dans mon nouvel appartement au sein d’une immense demeure bourgeoise, construite au XIXe siècle et divisée en huit logements. J’ai choisi ce deux-pièces, car, en le visitant, le parquet posé partout, ainsi que les murs tapissés de blanc, m’ont immédiatement plu. Me voici revenu dans la ville de mon enfance, retour à la case « départ ». Dans ses rues, je suis sûr de ne pas rencontrer Julie. Un petit exil pour un nouveau départ et un nouvel appartement pour une nouvelle vie.
   Des cartons, contenant toute ma vie rangée, classée, étiquetée, sont disposés dans les différentes pièces. Les amis, Nathalie et Yvan, Christophe, Claire et Martin, déménageurs improvisés et main-d’œuvre complice, sont partis. Je me retrouve seul, le silence après le brouhaha des conversations. Des gobelets en plastique encore emplis de vin et des restes de repas dans les assiettes en carton sont posés à même le sol.
   Un peu de rangement s’impose. J’attrape un grand sac poubelle dans lequel j’enfourne les épluchures, les restes de pain, les assiettes, les serviettes en papier, les gobelets, les cannettes de bière vides et les cendriers pleins. Je fais place nette en quelques minutes, le sac poubelle est bouffi de détritus de toutes sortes.

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