Extrait :
Marthe était devenue sa maîtresse.
Chaque soir, quand tout semblait endormi dans la maison, René allait la retrouver dans sa chambre. Parfois, elle venait chez lui. Ils descendaient aussi dans le jardin et échangeaient d’ardents baisers sur le banc de leur premier rendez-vous.
Ce n’était plus une de ces liaisons frivoles et passagères où René avait dissipé sa jeunesse. Il aimait Marthe d’un amour à la fois candide comme celui d’un adolescent, définitif comme celui d’un vieillard. N’était-ce pas sa dernière conquête, la plus précieuse de toutes ?
Plusieurs semaines s’écoulèrent sans que le temps diminuât en rien sa passion. Loin de s’affaiblir par l’habitude, elle s’exaltait de jour en jour. Aussi avait-il décidé de tout avouer à sa mère et d’obtenir d’elle que Marthe devînt, un jour, sa femme.
Un soir qu’elle tardait à venir, ne pouvant maîtriser son impatience, il s’était glissé hors de sa chambre pour aller à sa rencontre. Comme il passait avec précaution devant le salon, il fut surpris d’entendre un bruit confus de voix. Curieux de savoir qui pouvait, à cette heure, discuter avec sa mère, il s’arrêta et reconnut aussitôt qu’elle se querellait avec sa lectrice.
Marthe parlait avec violence sur un ton bien éloigné du respect qu’elle avait coutume de témoigner à Madame de Varennes. Celle-ci, au contraire, semblait prier et implorer grâce.
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