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cet article est tiré du Journal littéraire n°4 (décembre 2000) ISSN 1625-9726

L’histoire abrégée de la francophonie

   Le haut conseil de la francophonie prétend, dans sa plaquette, que l’idée de la francophonie est née avec la décolonisation. N’en déplaise aux membres de ce haut conseil, dont la plupart des mortels ignorent l’existence, mais l’idée de la francophonie est bien plus ancienne. En un certain sens, elle est née avant même la naissance de la France et celle de la langue française.
   Tout a commencé sous Charlemagne. Ce roi des Francs avait réuni plusieurs peuples sous son pouvoir et imposa le latin en tant que langue de communication. Seulement, le latin populaire avait déjà commencé sa mutation, c’est pourquoi, en parallèle du latin classique utilisé au niveau officiel, la langue romane, qui précéda l’ancien français, se propagea partout à une telle vitesse que même l’Église invita en 813 les prêtres à prêcher en roman. Les seigneurs et notables des peuples entrant dans l’empire de Charlemagne, ont eu besoin d’apprendre le roman et ils allèrent chercher des professeurs parmi les Francs. C’est ainsi que commencèrent les déplacements des Francs. Ils créèrent les premières « communautés françaises à l’étranger », même si elles n’étaient encore ni françaises ni à l’étranger. L’éclatement de l’empire de Charlemagne qui révéla l’existence de peuples entiers parlant le roman et n’appartenant plus au royaume des Francs. Cet état de la francophonie, limité à la position géographique moderne de l’Angleterre, de la Belgique, du Luxembourg, d’une partie de la Suisse, de l’Italie et de l’Espagne, dura jusqu’au début des Croisades.
   Les Croisades installèrent nombre de Français à l’étranger qui amenèrent avec eux la culture française.
   L’expansion subséquente de la population francophone a été due à la politique anti-protestante du XVIe siècle. Les Français protestants s’exilèrent à l’étranger en créant de nouvelles communautés francophones.
   Parallèlement à cette force émigrante, la force d’influence de la culture française sur la scène mondiale créa des communautés francophones d’un nouveau type : toute la bonne société des pays européens se mit à parler français et à imiter le savoir-vivre à la française. Ces communautés étaient donc francophones sans que le français soit encore la première langue de leurs membres.
   La découverte de l’Amérique ouvrit une nouvelle page dans l’histoire de la francophonie, car la culture française pénétra lentement mais sûrement sur le nouveau continent. Cette partie de l’histoire est suffisamment connue pour nous y arrêter d’avantage.
   Au début du XVIIe siècle, la francophilie générale atteint un tel degré dans certains pays européens que des générations entières d’autochtones utilisaient le français en tant que première langue et se sentaient en complet accord avec la culture française. L’éducation de ces francophiles a demandé l’engagement d’un nombre infini d’instituteurs, le plus souvent de simples Français d’une très modeste condition, qui partaient pour l’étranger, afin de donner des cours de français ou de servir dans les maisons des notables. Ces Français s’établissaient dans leurs nouveaux pays, s’y mariaient et créaient ainsi la troisième force de la francophonie : les familles mixtes. Le français était à tel point une langue universelle qu’un Francophone pouvait faire le tour du monde sans jamais avoir besoin d’utiliser une autre langue.
   La révolution et l’émigration qui suivit, donnèrent un nouveau ressort à l’expansion de la francophonie. Ce fut également le cas des guerres napoléoniennes. La francophonie connut alors une telle ampleur que le mot même francophonie fut créé. L’Empire colonial élargit encore plus les frontières du monde francophone. Puis l’écroulement commença.
   La communauté francophone d’Angleterre était déjà pratiquement inexistante depuis plusieurs siècles, et celle de l’Amérique, limitée à son état actuel. La décolonisation donna un nouveau sens au mot francophone. Si, auparavant, un Francophone était quelqu’un dont la première langue était le français et qui vivait en harmonie avec la culture et le savoir-vivre français, depuis la décolonisation, un Francophone est originaire d’un pays dont une des langues officielles est le français, le lien avec la culture et le savoir-vivre français n’existant plus.
   Aujourd’hui, à côté des communautés francophones grandes et fortes comme celles du Canada, de la Belgique ou d’un certain nombre de pays africains, il existe une communauté francophone dans pratiquement tous les autres pays du monde. Si vous allez en Australie ou en Pologne, en Inde ou au Chili, vous y trouverez une communauté francophone qu’elle soit constituée d’immigrés français, de familles mixtes ou de francophiles autochtones.

Morteuil

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