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cet article est tiré du Journal littéraire n°32 (avril 2003) ISSN 1639-6111

Littérature latine après J. C.

   Nous reprenons la description des grands noms de la littérature latine, mais cette fois-ci nous nous limiterons de la période allant de Jésus-Christ jusqu’au Moyen Âge. Ceci dit, la littérature latine ne s’arrête pas là, car de nombreux auteurs continuèrent à écrire en latin jusqu’au XIXe siècle et dans le monde entier : Pétrarque et Strozzi en Italie, Érasme, Grotius et Spinoza en Hollande, Bacon et Thomas More en Angleterre, Nevelet, Ramus, Calvin, Descartes et Lhomond en France, Brandt et Leibniz en Allemagne, Swedenborg en Suède, etc. Bien des livres sont traduits en latin encore aujourd’hui et même des bandes dessinées comme Astérix. Voilà, c’est dit : le latin n’est pas mort. Revenons maintenant à nos moutons.

   Le premier (auteur, non pas mouton) dans notre liste est Ammien Marcellin, en latin Ammianus Marcellinus (340-400). Quoique d’origine grecque, il fut bel et bien historien latin. Il connut la France( c’est-à-dire la Gaule) en combattant auprès de l’empereur Julien. Ce n’est qu’à cinquante ans qu’il abandonna le métier des armes, s’établit à Rome et commença à écrire la suite des Annales de Tacite. Cette suite faisait tout de même trente et un livres, mais nous n’en avons aujourd’hui que le récit des événements des années 352 à 378, dont la plus grande qualité est son impartialité.

   Lucius Apuleius Apulée (125-180) fut connu de son vivant comme un grand orateur, un tantinet pittoresque. Ce n’est qu’après sa mort que son roman d’aventures Les Métamorphoses ou l’Âne d’or se fit connaître, et bien heureusement, car il fut la source d’inspiration de Rabelais et de Gérard de Nerval, entre autres.

   Saint Augustin (354-430) est l’exemple unique de la sainteté amenée par l’écriture. Philosophe chrétien, il fut aussi celui qui influença les grands auteurs de la littérature française, et ses Confessions (397) furent la source d’inspiration de Jean-Jacques Rousseau, de Musset et de tant d’autres.

   Aulu-Gelle s’appelait, en réalité, Aulus Gellius. Il vécut au IIe siècle et fut un grammairien assez fameux, mais ce sont ses Nuits attiques, recueil de dialogues sur la littérature, qui lui réservèrent une place dans le panthéon littéraire mondial, et ceci grâce aux extraits d’œuvres disparues qu’elles contiennent.

   Ausone fut appelé, de son temps, Decimus Magnus Ausonius (310-395). Ce poète français ou gaulois (né et mort à Bordeaux qui s’appelait à l’époque Burdigala) resta célèbre grâce à un seul poème intitulé La Moselle, même s’il en écrivit bien d’autres.

   Boèce (480-524) avait un nom à trancher au couteau : Anicius Manlius Torquatus Severinus Boetius. Cet homme d’État latin fut accusé de magie et de conspiration à cause de sa foi chrétienne, et c’est le court moment qu’il passa en prison avant d’être mis à mort, qui le rendit célèbre, car il y rédigea La Consolation de la philosophie, méditation philosophique et poétique qui devint plus tard la source principale du platonisme médiéval.

   Saint Bonaventure était déjà Italien, mais encore de langue latine. Appelé, dans le monde, Giovanni Fidanza (1221-1274), il devint général des franciscains (1256), et cardinal-évêque d’Albano (1273). Docteur de l’Église (1588), il fut le seul philosophe de l’époque qui échappa à l’influence du rationalisme philosophique arabe et il nous laissa une œuvre bien mystique, Itinéraire de l’âme vers Dieu (1259). Il vécut la fin de sa vie à Lyon.

   Saint Jean Cassien (360-435) fut un des premiers immigrés roumains à Marseille. Son écriture provoqua un vrai schisme, condamné au concile d’Orange de 529.

   Cassiodore (480-575) fut un vrai Romain, ce qui confirme son nom complet : Flavius Magnus Aurelius Cassiodorus. Il créa la première encyclopédie littéraire : Institutiones divinarum et saecularium litterarum.

   Claudien ou encore Claudius Claudianus (370-404) fut le chantre officiel de l’empire d’Occident. On lui doit une assez obscure épopée mythologique, De raptu Proserpinae.

   Saint Cyprien (200-258) fut Évêque de Carthage et, sous le nom de Thascius Caecilius Cyprianus, auteur de traités et de livres de morale, mais ce sont ses lettres qui ont le plus grand intérêt littéraire.

   Saint Jérôme (345-420) n’est plus à présenter, car Docteur de l’Église, il réalisa la première traduction de la Bible en latin, la célébrissime Vulgate.

   Juvénal (60-130) préférait s’appeler Decimus Junius Juvenalis, car il parlait latin et c’était d’usage. Plus critique que poète, il nous laissa seize Satires très véhémentes.

   Lucain (39-65) décrivit, sous le nom de Marcus Annaeus Lucanus, la lutte de César et de Pompée pour le pouvoir, dans La Pharsale ou La Guerre civile.

   Martial, alias Marcus Valerius Martialis (40-104) est très plaisant à lire, car cet auteur espagnol de langue latine écrivit de formidables Épigrammes.

   Pétrone s’appelait Caius Petronius et avait le surnom d’Arbiter ou arbiter elegantiae, arbitre des élégances. On ne sait ni quand il naquit ni quand il mourut, la critique moderne le situe tantôt au Ier, tantôt au IIe ou même parfois au IIIe siècle, on le confond avec un des personnages de Tacite, mais, paraît-il, il fut auteur du Satiricon. Ainsi ou autrement, mais Satiricon est à lire obligatoirement, car c’est du pur génie.

   Pline l’Ancien, autrement dit Caius Plinius Secundus (23-79) est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’art militaire, l’histoire, la rhétorique et les sciences naturelles: Traité sur l’art de lancer le javelot à cheval, Vie de Pomponius Secundus, 20 livres sur les guerres de Germanie, 31 livres d’Histoire contemporaine, 3 livres sur la profession d’avocat, un Traité de grammaire en 8 livres, et son Histoire naturelle. Seul ce dernier ouvrage nous est parvenu.

   Pline le Jeune (61-114), donc Caius Plinius Caecilius Secundus, neveu de Pline l’Ancien, nous laissa une grande correspondance, écrite autant pour le public que pour les correspondants.

   Prudence (348-415), malgré son nom bien français, était espagnol, mais écrivait en latin et s’appelait Aurelius Prudentius Clemens. Il composa d’admirables poésies et allégories. Sa Psychomachia, allégorie mettant en scène le combat des vices et des vertus pour la possession de l’âme, fut un vrai classique au Moyen Âge, car souvent reprise sur les planches et imitée par les poètes.

   Quinte-Curce, qui vécut à peu près au Ier siècle, se nommait Quintus Curtius Rufus et fut le premier à écrire l’ouvrage historique romancé, Histoire d’Alexandre.

   Quintilien ou Marcus Fabius Quintilianus (30-100) est un des plus grands maîtres espagnols et mondiaux de la rhétorique. Il nous laissa un De l’institution oratoire bien cicéronien.

   Suétone alias Caius Suetonius Tranquillus (69-150) fut un historien complaisant à l’égard du pouvoir, mais qui nous laissa un tas d’informations précieuses du point de vue historique.

   Tacite (54-120) portait, dans son pays, le nom de Publius Cornelius Tacitus. Ce grand historien romain nous laissa des Histoires, œuvre à la fois historique et pessimiste, La Vie d’Agricola et Germanie, première considération sérieuse des Barbares dans le monde romain.

   Tertullien (155-220), Père de l’Église, vécut dans le monde sous le nom de Quintus Septimius Florens Tertullianus. Il fut le premier écrivain latin de religion chrétienne et l’initiateur du vocabulaire théologique latin. Ses traités sont assez intéressants à relire de nos jours, en particulier Des spectacles et Sur la toilette des femmes.

   Valère Maxime (Valerius Maximus) vécut au Ier siècle et écrivit un recueil de Faits et Dits, plein d’anecdotes et très prisé par les classiques.

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