Pourquoi parler de la littérature latine aujourd’hui ? Primo elle était, avec la littérature grecque, à l’origine de toutes les littératures européennes. Secundo elle est lue encore aujourd’hui et en original, s’il vous plaît. Le latin n’est pas mort ! Il est régulièrement choisi comme une des langues officielles de différents symposiums internationaux, scientifiques et autres ; il est toujours la langue officielle de l’Église catholique ; des livres en latin sont toujours publiés et lus ; même sur l’internet, il existe plus de 80 sites entièrement et exclusivement conçus en latin, tous des initiatives d’amateurs, et un bon millier de sites possède des pages en latin. Ces deux raisons suffisent pour reparler de la littérature latine sur les pages du Journal Littéraire.
Pour ne pas réinventer le vélo, nous utiliserons le modèle classique qui veut que l’histoire de la littérature latine soit partagée en deux périodes : avant et après Jésus-Christ. L’histoire de toute littérature est, avant tout, celle des auteurs, c’est pourquoi nous allons parcourir les plus grands noms, poètes, historiens, théologiens, dramaturges et prosateurs mélangés.
Caton l’Ancien, de son vrai nom Marcus Porcius Cato (234-149 av. J.-C.), fut un homme politique romain et également un écrivain. Malgré le fait qu’il sut faire voter l’expulsion des philosophes qu’il supposait coupables de propager l’hellénisme, il écrit une magnifique histoire de Rome où il décrit la décadence des mœurs traditionnelles, le luxe et la corruption de son époque.
Catulle (87-54 av. J.-C.), en latin : Caius Valerius Catullus. Il fut l’auteur de plus de cent pièces poétiques, parmi lesquelles de très modernes poèmes d’amour : « La Chevelure de Bérénice » et « Les Noces de Thétis et de Pélée ».
Jules César (101-44 av. J.-C.) que l’on ne présente plus, écrivit à ses heures perdues « La Guerre de Gaule », le grand classique qui martyrisa des générations de gamins à travers le monde, pendant les cours de latin. Jules commit également « La Guerre civile », en tant qu’écrivain et en tant qu’homme politique.
Cicéron, autrement dit Marcus Tullius Cicero (106-43 av. J.-C.) fut un grand orateur et un grand écrivain romain. Il nous laissa un assez grand nombre d’écrits qui influencèrent la philosophie et politique européennes. Sa « République » est mondialement connue, mais ses autres écrits, comme « Vieillesse », « Amitié » ou « Devoirs » vaudraient davantage l’attention du lecteur moderne.
Cornelius Nepos (99-24 av. J.-C.) fut un grand ami de Cicéron et de Catulle et écrit des biographies en tant qu’illustration des vertus morales. Il fut également célèbre en tant qu’auteur de « La Chronologie universelle » que nous avons perdue et des « Vies des hommes illustres » dont il nous reste vingt biographies.
Quintus Ennius (239-169 av. J.-C.) fut un poète latin de grand talent peu connu aujourd’hui. L’on parle bien plus souvent de ses tragédies qui étaient des imitations d’Euripide que des « Saturae », recueil de ses poésies lyriques, vraiment originales.
Horace , oh Horace ! Cette figure mythique de la littérature mondiale fut aussi un personnage réel sous le nom de Quintus Horatius Flaccus et ceci de 65 à 8 av. J.-C. Ses « Satires », « Odes » et « Épîtres » inspirèrent et formèrent la poésie à travers le monde, quant à son « Art poétique », c’est une vraie bible des poètes.
Caius Lucilius (148-102 av. J.-C.) resta dans l’histoire en tant qu’inventeur de l’hexamètre et structuraliste de la satire à laquelle il donna un aspect philosophique.
Titus Lucretius Carus (91-55 av. J.-C.), plus connu sous le nom de Lucrèce, est avant tout l’auteur de « De natura rerum » (« De la physique »), écrit épicurien à l’origine de la psychologie et la cosmologie ; à la fois, l’histoire de la culture et l’explication des phénomènes naturels.
Ovide, ou si vous préférez Publius Ovidius Naso (43 av. J.-C.–17 ou 18 apr. J.-C.), est sans aucun doute le poète romain le plus publié aujourd’hui à travers le monde. Il faut dire que son « Art d’aimer » a une renommée sulfureuse séculaire. Quant à ses « Métamorphoses », c’est un véritable manuel de la théologie gréco-romaine. Les amateurs apprécient également ses « Amours » et ses « Tristes », de véritables trésors lyriques.
Phèdre, avant de devenir la tragédie de Racine, fut un fabuliste latin sous le nom de Caius Julius Phaedrus (15 av. J.-C.-50 apr. J.-C.). Semblable à notre La Fontaine, il adapta en latin les fables d’Ésope.
Plaute, alias Titus Maccius Plautus (254-184 av. J.-C.) inspira, paraît-il, et bien après sa mort, notre cher Molière. Il faut dire qu’il nous laissa des comédies impressionnantes, mais toutes inspirées à son tour des pièces de Ménandre (342-292 av. J.-C.) et quelques autres auteurs grecs.
Properce est aussi peu connu aujourd’hui sous son nom francisé que sous son nom latin : Sextus Aurelius Propertius (47-15 av. J.-C.). Il faut dire qu’il a été éclipsé par son ami Virgile, mais l’œuvre de Properce est très intéressante et ne chante qu’une seule femme, une certaine Cynthia, courtisane de son état.
Salluste ou Caius Sallustius Crispus (86-35 av. J.-C.) fut l’ami et historien de César. Il examina les causes de la décadence du régime aristocratique dans deux ouvrages majeurs : « La Guerre de Jugurtha » et « La Conjuration de Catilina ».
Les deux Sénèque laissèrent des traces très profondes dans l’histoire de la littérature latine.
Le premier, Lucius Annaeus Seneca (55 av. J.-C. - 39 apr. J.-C.), dit le Rhéteur, ne nous laissa qu’un seul ouvrage : « Les Controverses », mais qui enferme tout l’enseignement des rhéteurs romains.
Le second, Lucius Annaeus Seneca également, mais de 2 av. J.-C. à 65 apr. J.-C. fut un philosophe, stoïque et ascète. Il nous laissa des œuvres philosophiques fortes comme « La Colère », « Le Bonheur » ou « La Clémence », mais aussi des tragédies dont « Médée », « Troyennes » et « Phèdre » d’inspiration grecque. Grand admirateur de Diogène, il a eu la malchance de vivre à l’époque de Néron, ce qui causa sa perte.
Térence, également Publius Terentius Afer (190-159 av. J.-C.) fut un auteur et metteur en scène romain d’origine africaine. Ses six comédies d’une psychologie très fine firent les délices du monde européen au Moyen Âge et à l’époque classique.
Tibulle (55-19 av. J.-C.), en latin Albius Tibullus, fit son service militaire en France, plus précisément en Aquitaine, car la France n’existait encore pas. Ami d’Horace et de Virgile, Tibulle fut le plus tendre et le plus élégiaque des poètes latins. Il laissa plusieurs livres d’« Élégies » où il chante la fidélité de son amour envers une certaine Délie et le calme de la vie champêtre. Dépourvues des artifices habituels de la poésie latine comme la mythologie ou la rhétorique, ses « Élégies » furent plus tard une source d’inspiration pour les troubadours aquitains.
Tite-Live, alias Titus Livius (64 ou 59 av. J.-C. - 17 apr. J.-C.) passa à la postérité en tant qu’auteur de la très morale « Histoire de Rome », car tous ses autres écrits (Dialogues et Traités philosophiques) furent perdus assez rapidement. Cependant, jusqu’aujourd’hui, Tite-Live reste, avec Plutarque, le fondateur de l’histoire tournée vers l’édification morale et non vers l’analyse des changements politiques.
Varron ou encore Marcus Terentius Varro (116-27 av. J.-C.) fut le premier érudit touche-à-tout de l’histoire de la littérature. Un peu poète, philosophe, grammairien, juriste, historien, il écrivit un peu sur tous ces sujets et ses ouvrages furent bien appréciés par les Pères de l’Église. Il ne nous en reste pourtant qu’un livre sur la langue latine, « De lingua latina », un traité d’agriculture, « De re rustica » et quelques fragments des ses « Satires Ménippées » et de ses « Rerum humanorum et divinarum antiquitates », traité historique sur la civilisation antique. Il fut également le créateur des premières bibliothèques publiques de Rome.
Virgile s’appelait en réalité Publius Vergilius Maro (70-19 av. J.-C.). Il a d’ailleurs bien d’autres noms, car il est connu à travers le monde entier et partout il est chez lui. Sa dernière édition en France date de l’année dernière. Pour l’apprécier, vous avez le choix entre « Les Bucoliques », « Les Géorgiques » et « L’Énéide », de toute façon, ce sont des chefs-d’œuvre.