Il y a quelques années à peine, Halloween en France était une fête strictement réservée à la communauté américaine. Puis de fausses mondaines se sont mises à parler de cet événement : « Ah ! L’année dernière, à la même époque, j’étais aux États-Unis (en Californie, à New York, etc.) et je m’y suis follement amusée à cette fête charmante qu’ils appellent là-bas Halloween (avec un h très aspiré). » Moi-même, j’avais entendu une dame fortement maquillée, dire que Halloween était « un autre carnaval de Venise ». La bêtise humaine a ce d’admirable qu’une fois exprimée à haute voix, elle ne tombe jamais dans l’oreille d’un sourd. Aussi, l’idée d’exporter Halloween a-t-elle été rapidement réalisée par certaines « reines » de la nuit. Il faut remarquer que si, par exemple, les emprunts à la culture anglaise du XIXe ont été introduits dans la langue et les mœurs françaises par les intellectuels, les singeries pro-américaines du XXe sont toujours exécutées par des gens de peu de goût et de connaissance, qui ne savent même pas que the opportunity veut dire l’occasion et n’a rien à voir avec l’opportunité.
Je ne puis vous dire de quelle manière Halloween, introduit dans les soirées des clubs branchés de Paris, a rapidement immigré dans les boîtes homosexuelles de la même ville. Cependant, c’est dans ces endroits-là que le PDG d’une compagnie américaine spécialisée dans les déguisements, et de passage à Paris, a découvert qu’Halloween pouvait être fêté par les non anglo-saxons. Le brave PDG s’enflamma aussitôt à l’idée de pouvoir fourguer aux Français ses stocks d’invendus, et, l’année d’après, il a subventionné la fête d’Halloween dans ce genre de grandes discothèques ou une fille ne peut entrer qu’entourée de trois garçons.
Les médias sont tombés là-dessus, et, un an après la France tout entière s’est partagée en deux partis, celui des pro et celui des anti-halloweenistes. Certains établissements scolaires se sont empressés de coller des images de citrouilles sur les vitres des classes. Il faut dire que, pendant l’Occupation, il y avait des Français qui fêtaient l’anniversaire du Führer ; c’est normal, c’est humain, il n’y a que la victoire finale qui décide de la moralité d’une collaboration.
Aujourd’hui, Halloween, appuyé par les commerçants trop cupides ou trop stupides pour comprendre toute la gravité de leurs actes, fait sa loi sur le territoire français. Les enfants se prêtent à ce jeu, ignorant ce qu’ils font. Et les résultats sont là : la fête de Toussaint si chère aux Latins, seule fête qui réunissait les athées et les croyants près des tombes de leurs parents, se consume à petit feu dans une agonie culturelle.
Les temps changent. Le monde s’enlise dans une course contre la montre. Tout va de plus en plus vite. Là où la précédente importation d’outremer en matière de fête, à savoir le père Noël, a mis quinze ans avant de s’introduire dans les familles françaises, Halloween n’a eu besoin que de trois années. À force d’entendre les Américains se targuer d’être les meilleurs, les sauveurs du monde, les Français ont oublié toute fierté, et il n’est plus rare de voir les meneurs des journaux télévisés des chaînes nationales appeler le président américain, l’homme le plus puissant du monde. Les Américains dictent leur loi, mais quelle puissance ont-ils ? Aucune, si nous cessons de leur obéir. Faut-il devenir chauvin pour autant ? Je ne sais. Mais je frémis à l’idée que mes enfants ne connaîtront que des bribes de ce que nous appelons la culture française, si nous ne faisons rien maintenant.
Saint Mont
Cette fête populaire aux États-Unis a débarqué en France il y a quelques années, relayée par les médias et récupérée par le commerce, pour la plus grande joie des petits et des grands à une période de l’année où décroissent les jours favorisant une sorte de « spleen » de l’âme.
Ce qui frappe le plus est non seulement la rapidité avec laquelle ce carnaval s’est imposé (pas spontanément, reconnaissons-le) mais aussi la séduction qu’il exerce sur les jeunes qui aiment se déguiser et se faire peur à l’aide de costumes les plus laids et les plus effrayants possibles Tout cela semble bon et donc d’emblée sympathique.
Le problème, car il y en a un, réside dans la volonté chez certains de supplanter la fête chrétienne de la Toussaint qui reste encore dans l’imaginaire collectif comme un rappel de la mort et de notre comportement face à un deuil. (Bien sûr, les chrétiens savent qu’il ne faut pas confondre cette solennité liturgique où l’Église invoque ses enfants qui sont déjà dans le ciel avec celle de novembre où elle prie pour les défunts qui sont dans l’Espérance de la Rencontre). Ne pourrions-nous pas réagir ?
F-L.C.