Il est possible de voir une espèce de théâtre primitif dans les danses et orgies des premières civilisations humaines, mais il est plus prudent d’affirmer que les débuts du théâtre ont eu lieu en Grèce antique. Ce sont les « epos », c’est-à-dire drames épiques, qui se distinguent les premiers des rituels religieux. Consacrés à la vie des dieux et des héros, les drames épiques ont très rapidement pris la forme de poèmes récités accompagnés d’un choeur. Quant aux fêtes de Dionysos qui ont donné naissance à la tragédie (« tragoedia » - chant du bouc), elles ont mis bien plus de temps pour se séparer du culte proprement dit, et les premières tragédies n’étaient que des cérémonies mimétiques autour de l’autel.
L’histoire du théâtre est, avant tout, une histoire de la littérature, une histoire des dramaturges. Le premier dont le nom est resté dans les annales est Thespis qui « se produit à Athènes sur son chariot » en 560 avant J.-C. Auteur de ses spectacles, il a été le premier à introduire un masque humain, au lieu des masques religieux désignant un dieu. C’est dans ce passage des dieux aux hommes, du religieux au séculaire, qu’il faut voir la vraie naissance du théâtre. D’ailleurs, le mouvement a été bien suivi et, en 50 ans seulement, un genre réellement théâtral a vu le jour : la trilogie tragique qui se composait de deux tragédies et un drame satyrique. « Les Suppliantes » (490) d’Eschyle (525-456) est l’oeuvre théâtrale écrite la plus ancienne. Eschyle a écrit 70 tragédies et 20 drames satyriques, mais il n’en reste que sept tragédies. Peu à peu, un troisième genre est apparu : la comédie attique qui n’était à ses débuts qu’un recueil d’on-dit (« cômos » - bavardage). Pourtant, déjà en 460, la ville d’Athènes organise des concours comiques. Le théâtre devient alors une institution d’État, et un impôt spécial frappe les plus riches citoyens, afin d’assurer la survie matérielle du théâtre. Il est utile de remarquer qu’un décorateur a été payé par l’État, afin de concevoir le décor des spectacles. Arrivent alors « les trois baleines » du théâtre antique : Sophocle, Euripide, Aristophane.
Sophocle (495-405) a écrit une centaine de pièces dont il ne nous en reste que sept, parmi lesquelles « Antigone », « Électre » et « ŒOEdipe Roi », mise en scène encore aujourd’hui. Euripide (480-406) a écrit 92 pièces dont il ne nous reste qu’un drame satyrique et 17 tragédies parmi lesquelles « Médée », « Andromaque », « Électre », « Oreste » et « Les Bacchantes ». Enfin, Aristophane (445-386) a écrit 11 comédies dont « Les Oiseaux » et « La Paix ». Ces trois auteurs à eux seuls ont formé le théâtre grec et ont fondé les bases du théâtre moderne.
Puis le théâtre grec est entré dans sa décadence, et, chose étonnante, cette décadence lui donna une forme moderne : le choeur a disparu, les danses ont été remplacées par la musique, les masques ont quitté les visages, enfin la comédie a perdu son ton satirique et se mit à rire des petits au lieu de se moquer des grands.
Le théâtre est arrivé à Rome, mais pendant, plus d’un siècle, il n’était pratiqué que par des ressortissants grecs. D’ailleurs, le premier auteur dramatique romain était d’origine grecque, il s’agit de Naevius († 201). Les’autres importants dramaturges romains étaient Quintus Ennius (239-169), auteur de 20 tragédies, Plaute (254-184) dont il ne nous reste que six comédies, et Térence (190-159) qui nous a également laissé six comédies . À dire vrai, le théâtre n’a pas subi de changements sensibles pendant sa période romaine, mais il a vu naître un petit frère : le théâtre de la pantomime.
Pour en finir avec le monde ancien et passer au Moyen Âge, faisons un parcours rapide des autres pays. Dans le monde juif, le théâtre n’avait pas cours, et n’était vu que comme l’amusement des envahisseurs romains. L’Asie n’a pas eu le temps de voir paraître le théâtre avant l’arrivée de l’Islam (IIIe siècle après J.-C.) qui l’avait strictement prohibé . Ainsi faut-il attendre le XIe siècle pour voir des spectacles en Inde, le XIIIe pour les nô japonais, le XVe pour le théâtre à Java, le XVIIe pour les mystères tibétains. Il est vrai que le théâtre chinois est aussi ancien que le théâtre grec, mais il est resté dans un état primitif jusqu’en 755 après J. C ., puis il a disparu totalement et n’est revenu qu’au XVIe siècle. Le théâtre est donc un enfant européen.
C’est au Moyen Âge, à Byzance, et grâce à la langue grecque, que le théâtre est entré au service de l’Église. Le premier spectacle chrétien date du IIIe siècle après J.-C., il s’agit de la « Sortie d’Égypte ». Les Passions du Christ ont fleuri rapidement, partout dans le monde chrétien, en donnant naissance à un style spécifique : le drame liturgique. C’est dans cette forme que le théâtre est arrivé en France, sa deuxième patrie. La faute est au chômage, mal national français. Les acteurs des drames liturgiques sont devenus si nombreux au Xe siècle que l’Église ne pouvait plus les nourrir. Ces acteurs désoeuvrés sont allés dans les foires où la première comédie française est née : « Enfants dans la fournaise ». Malgré tout, les premières comédies sont restées sous le patronage de l’Église, et portaient en elles une morale très chrétienne. Ce n’est qu’à la fin du XIIe siècle que le théâtre se détacha de l’Église, à l’occasion du « Jeu d’Adam », pièce sans aucune morale. Les histoires mystiques étaient les premières pièces de ce théâtre. Ces mystères ont atteint leur apogée au XIIIe siècle.
Le premier théâtre permanent du monde moderne a vu le jour à Paris (Vive la France !) en 1402, par l’édit spécial de Charles VI. Pourtant, il faut attendre le règne de Louis XII pour voir apparaître à côté des mystères, des « soties », comédies burlesques à la française, avec le célèbre « Jeu du prince des sots ».
À la Renaissance, le théâtre fait un court voyage en Italie où il produit des spectacles de cour, chantant l’esprit courtois et les sentiments humains. Puis il revient à Paris où la première salle aménagée pour le théâtre est ouverte en 1550. D’autres salles semblables s’ouvrent à Madrid, Londres, Rome.
Pendant le Siècle d’or, le théâtre vit trois périodes importantes : espagnole, anglaise et italienne.
Miguel de Cervantès (1547-1616) n’a pas été seulement l’auteur de Don Quichotte, mais également un grand réformateur du théâtre et un dramaturge de talent. Ses meilleures pièces ont été réunies dans le livre « Huit comédies et huit intermèdes » (1615). C’est lui le père du théâtre espagnol. Mais c’est Lope de Vega (1562-1635) qui a fait la gloire de ce théâtre. Auteur d’une bonne centaine de pièces, il donna un souffle noble à la comédie jusqu’alors drolatique. Parmi ses pièces les plus réussies, il y en a une, particulièrement, qui a marqué le théâtre, puisqu’elle est constamment mise en scène encore aujourd’hui: il s’agit du « Chien du jardinier » (1618). Pedro Calderon de La Barca (1600-1681) auteur de « La vie est un songe » (1631), « Escurial » (1635), apporta au théâtre une « nouvelle » dimension tragique en renouant avec la tragédie grecque. Le théâtre espagnol est donc né noble, dans tous les sens du terme.
Il est difficile de diminuer l’importance de Shakespeare (1564-1616) dans l’histoire du théâtre, à la condition, bien sûr, qu’il ait été réellement auteur de ses pièces, car il n’a rien publié de son vivant et il n’existe aucun manuscrit de lui. On a vu d’ailleurs, cachés sous le masque de Shakespeare, tantôt Francis Bacon, tantôt Édouard de Ver, tantôt Roger Manners, tantôt William Stanley et, bien sûr, Christopher Marlowe.
Après « Hamlet » et « Richard III », le théâtre est allé en Italie pour faire de la commedia dell’arte avec Gozzi et Goldoni. Carlo Gozzi (1720-1806) est un auteur énigmatique, mais ses pièces sont connues dans le monde entier : « Turandot », « Le Roi cerf », « L’Oiseau vert », « L’Amour des trois oranges ». Carlo Goldoni (1707-1793) a écrit la plus grande partie de son œoeuvre à Venise avant de s’installer à Paris en 1762. « Le Menteur » (1750) et « Les Curieuses » (1751) sont les plus célèbres de cette période. Mais c’est à Paris qu’il écrit « Les Querelles de Chioggia » (1762), « L’Éventail » (1765) et « Le Bourru bienfaisant » écrite directement en français en 1771. La boucle est bouclée, et le théâtre est de retour en France.
Morteuil et Gromont