Au hasard d'une bibliothèque, ma main se porte sur un mince recueil du maître de la nouvelle brève, Anton Tchékhov. Bien connu pour ses pièces de théâtre, « La Cerisaie » est toujours jouée quelque part, cet auteur prolifique russe a su dépeindre au travers de récits du quotidien, les strates les plus profondes de l'âme humaine. En témoignent, en particulier deux nouvelles aux titres évocateurs « Psychopathes » (inédit) et « Règles du jeu à l'usage des écrivains novices ».
« Psychopathes »
L'ambiance est lourde voire sordide. Le lecteur imagine sans mal « dans un trou de province », l'étroit réduit dans lequel un vieillard et son fils, « des poltrons superstitieux » tous deux miséreux et alcooliques ont un échange angoissé et burlesque à proximité d'un locataire malade. La brièveté et la concision de Tchékhov fait ressortir le drame du propos des personnages. Le lecteur s'apitoie en découvrant la folie, l'obsession crescendo que ces âmes éprouvées développent en montant en épingle des faits politiques et divers du moment, torturées par la peur qu'eux-mêmes en soient les victimes. Mais il prend plaisir aussi à ces notes burlesques qu'a su distiller avec brio le génie de Tchékhov amenant le lecteur à se demander si cette exagération craintive n'est pas dans chaque individu lorsque « on est en plein brouillard, et ça n'en finit pas... ». Témoignage d'une certaine époque de la vie russe, l'auteur, par cette nouvelle si bien nommée, nous emmène grâce à un style direct et sincère à visiter les tréfonds de l'âme humaine en nous peignant « les gens tels qu'ils sont vrais »...